Ce que 25 ans en entreprise m'ont appris sur les présentations ratées
J'ai passé 25 ans chez Siemens, Unify et Atos. Des présentations, j'en ai donc vu passer un paquet. Réunions d'équipe, présentations clients, séminaires, lancements de produits, grands rendez-vous internes… avec parfois des PowerPoint interminables dont on se demandait comment ils allaient tenir dans le temps imparti.
Avec le recul, ce qui me frappe, c'est que les présentations ratées ne sont pas forcément faites par des gens qui parlent mal. J'ai vu des personnes compétentes, qui connaissaient parfaitement leur sujet, perdre leur public en quelques minutes.
La slide où tout doit rentrer
Il y a bien sûr le grand classique de la slide illisible. Celle où l'on a voulu tout mettre. Trois graphiques, deux tableaux, quinze lignes de texte, des chiffres partout et une police minuscule parce qu'il fallait absolument que tout rentre.
À ce moment-là, l'orateur parle pendant que tout le monde essaie de lire. Comme on n'arrive pas à faire les deux correctement, on finit souvent par ne plus écouter et par abandonner la lecture aussi.
Une slide n'est pas là pour rassurer l'orateur ou lui servir d'aide-mémoire. Elle est là pour aider le public à comprendre ce qui est dit.
Si vous avez besoin de notes pour ne rien oublier, prenez des fiches ! Ce n'est pas interdit :)
Quand bien parler ne suffit pas
J'ai vu des gens parler impeccablement. Bonne diction, aucun mot accroché, aucune hésitation, pas de « euh », des phrases propres. Techniquement, rien à dire.
Et pourtant, au bout de quelques minutes, je décrochais.
Il n'y avait aucune vie. Aucun relief. Aucune émotion. La personne disait son texte, mais je ne sentais pas qu'elle s'adressait réellement à nous.
C'est d'ailleurs quelque chose qui m'intéresse beaucoup aujourd'hui dans mon travail. On confond facilement « bien parler » et « bien prendre la parole ». Ce n'est pas la même chose.
Quand on perd le fil
À l'inverse, certains avaient beaucoup de choses intéressantes à raconter, mais aucun fil conducteur.
Ils commençaient sur un sujet, partaient sur un autre, revenaient au premier, ouvraient une parenthèse, donnaient un exemple, puis changeaient encore de direction.
Au bout d'un moment, on ne savait plus où ils voulaient nous emmener. Et quand le public doit faire lui-même le travail pour reconstruire le chemin, ça devient compliqué.
Le corps qui parle à votre place
Il y avait aussi tout ce qui se passait physiquement.
Le fameux « culbuto », par exemple. Un coup sur la jambe droite, un coup sur la gauche, puis à droite, puis à gauche pendant toute la présentation.
Ou ceux qui marchaient sans arrêt dans la salle, sans raison particulière.
Je n'ai évidemment rien contre le fait de bouger. Moi-même, je bouge quand je prends la parole. Mais quand le mouvement n'a aucune intention, il finit par attirer davantage l'attention que le discours.
Ces fins de phrases qu'on n'entend plus
La respiration aussi trahit beaucoup de choses.
J'ai souvent entendu des personnes démarrer leur phrase avec de l'énergie, parler vite, enchaîner sans reprendre suffisamment d'air et finir les derniers mots presque en apnée.
La fin de la phrase disparaît. Et comme c'est souvent là que se trouve l'idée importante, le public perd une partie du message.
Tout va bien… jusqu'à la première question
Et puis il y avait ceux qui étaient parfaitement à l'aise tant que tout se passait comme prévu.
La présentation était maîtrisée, les slides connues par cœur, le timing bien réglé.
Puis quelqu'un posait une question un peu inattendue et tout changeait.
La personne perdait son fil, accélérait, se justifiait, cherchait ses mots. On sentait immédiatement qu'elle n'était plus sur le chemin prévu.
C'est sans doute une des choses que j'ai le plus retenues de toutes ces années.
On prépare beaucoup une prise de parole pour que tout se déroule comme prévu. Or le jour J, il y aura toujours une part qu'on ne maîtrise pas. Une question, un problème technique, une réaction dans la salle, un blanc, un oubli.
C'est aussi pour ça que l'improvisation théâtrale a pris autant de place dans ma manière d'accompagner les orateurs aujourd'hui. L’idée n’est pas de leur apprendre à parler sans préparation. Loin de là ! Mais pour leur apprendre à rester disponibles quand quelque chose échappe au plan et à ne pas paniquer.
Ce que j'en ai retenu après 25 ans
Avec les années, j'ai fini par constater qu'on consacre énormément de temps au contenu et aux slides. C'est logique, mais une présentation se joue aussi dans la manière de guider son public, de respirer, de regarder, de laisser des silences et de réagir à ce qui se passe dans la salle.
Au fond, les présentations qui m'ont le plus marqué n'étaient pas forcément les plus parfaites.
C'étaient celles où quelqu'un était réellement là, devant nous, et nous parlait avec sincérité et authenticité. Celles où la personne ne se contentait pas de parler en public.
Elle pensait en public.